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Le démissionnaire, vu par le DRHache

Un entretien de démission, raconté du point de vue du DRHache. Ce héraut de l’entreprise vache exerce pour de vrai ses fonctions dans une grande institution financière. C’est sûr qu’il tranche par rapport à ses collègues. Caustique, cruel mais vertueux. A sa manière.

Il est ému.


Le cadre sort du tableau et cela lui coûte. Il poignarde Papa comme Brutus mais il ne rentrera pas dans l’histoire même s’il a l’impression de construire la sienne.

 

Le démissionnaire est adorable parce qu’il fait n’importe quoi. Il est écartelé entre de nombreux sentiments contradictoires, et cela fait trop longtemps qu’on lui explique que les sentiments n’ont rien à faire dans un environnement professionnel.


Alors quand il les expectore, c’est le bonheur.
Tout d’abord, à l’instar de Rambo, le démissionnaire n’est pas content.
Il est même très colère.


Cela dit, tout son environnement lui conseille depuis deux mois de rentrer cette colère destructrice pendant la phase de négociation et d’arborer un sourire colgate de circonstance.


Voici donc un être qui déteste l’environnement qu’il quitte, mais va passer quelque temps à convaincre tout un chacun que les 5-10-15 ans qu’il vient de passer dans la maison étaient parfaitement EXCEPTIONNELS.


Non mais attention.
« Quand je dis exceptionnels, je veux dire uniques. Irremplaçables. Hallucinants Dantesques Mordants drôles légers profonds velus et j’en passe…
Les gens avec qui j’ai travaillé tout ce temps sont ma famille, je les adore. Tout, j’ai tout appris avec eux, ils sont la quintessence de l’amitié et du professionnalisme, je les respecte et je les aime.
Bien sûr aujourd’hui je m’en vais, mais vous ne pouvez savoir combien cela me fait mal, et ce malgré le fait que mon prochain salaire soit multiplié par quatre »

Note : avec le démissionnaire, appliquez toujours le cœfficient E pour « Et puis qu’est-ce que j’en ai à foutre de leur raconter n’importe quoi à ces abrutis. »
« Je ne parlerai pas non plus des pointures avec lesquelles je vais travailler, l’organisation tellement limpide chez eux, l’efficacité, mon arrière grande-tante qui habite à Londres, les jeux olympiques, tout ça, je n’ai malheureusement pas le choix, mais une fois encore vous êtes tous merveilleux et je n’ai que des bons souvenirs allez salut. »

Une fois que le vernis longuement passé par l’avocat sur sa colère est un peu usé et qu’il a moins de miel dans la bouche, on peut éventuellement commencer à le chauffer pour essayer d’en tirer quelque chose. En jargon ressources humaines, cela s’appelle le POST MORTEM.

 

« Albert, tu dis que tu nous aimes, mais d’abord pourquoi t’en vas-tu, et ensuite pourquoi écris-tu dans ta lettre que tu as l’HONNEUR de nous présenter ta démission ? »


Fourche de stylo, rabot de pensée, les détails sont là pour vous confirmer que personne n’est une île. Le démissionnaire, ce mélange d’aigreur issue de son échec dans le précédent système et d’optimisme généré par son hypothétique réussite dans le suivant ne sait jamais trop comment réagir avec les ressources humaines.


Il sent et s’est fait dire que vider son sac pourtant bien plein ne lui serait d’aucun avantage, mais il sent aussi l’écurie. Pourquoi ne pas lâcher un dernier crottin sur le champ de travail, un pet dans l’ascenseur juste avant votre étage ?


Parce que l’avocat a conseillé le silence.


Ah oui mais les avocats ils nous emmerdent, et de toute façon je les ai, mon bonus garanti et mon fixe deux fois supérieurs, alors pourquoi pas….
Ici rentre en scène le gestionnaire individuel des ressources humaines.

« Entre vous et moi, s’il y avait trois choses à changer dans cette banque, seulement trois, quelles seraient vos priorités ? Croyez-moi, nous avons quelque chose à apprendre de votre départ, après dix huit ans dans notre maison qu’avez-vous à dire ? »

 

L’idée, c’est de transformer la boule de bile que vous avez en face de vous en vieux sage barbu dont on veut absolument récolter les dernières paroles, se métamorphoser en infirmière d’Albert Einstein 10 minutes avant sa mort (il paraît qu’il a parlé en allemand ce con là, en plein Massachusetts, on n’a pas idée).

 

Deux options :

- « Rien de spécial, je voudrais écourter mon préavis de trois mois à deux jours et je prendrais comme scandaleux que ce connard s’y oppose (son patron, ça commence à me plaire). Lui, c’est le malin, il dépassionne et gère ses intérêts en nous donnant un petit os à ronger.

- « Eh bien je pense que cette banque aurait besoin d’un grand coup de balai : il faudrait déplacer certaines personnes qui ont fait leur temps – professionnaliser les rouages complexes hérités d’autres époques – changer de ligne directrice –  avoir une vraie stratégie à long terme – une vraie vision quoi en quelque sorte – ne pas être victimes des modes – ne pas être sans cesse harcelés par des ego surdimensionnés –  Raoul est un énorme blaireau rien de personnel mais ce mec est fou il faudrait l’enfermer etc. etc. » Lui c’est l’immature, ses chances de réussite dans sa nouvelles structure sont plus faibles.

 

Dans les deux cas, on peut les aider à crever l’abcès et guigner au passage quelques précieuses informations sur les délires comportementaux de certains managers.


J’aime bien le démissionnaire. Acnéique mental, sa crise d’ado est violente et à 35 ans, c’est normal ça doit faire bizarre. Il a mal car il sait qu’il valide un échec, malgré les ponts d’or offerts par la concurrence. L’argent ne suffit pas : il n’est pas habitué à la non-acceptation de sa personne par une structure plus forte que lui, ni à l’idée sous-jacente qu’elle s’en fout un peu.

 

Il est réellement en souffrance, et il faut l’aider à partir les cheveux hauts, en se montrant rigide et con afin de le laisser vous détester. Ou facilitateur de détails et souriant s’il a été poli pendant l’entretien, car vis-à-vis des RH, il est très directif : « ça n’est plus le moment de m’emberlificoter, je connais vos petits jeux. »

S’il savait.

 

Il part il ne nous aime plus
Nous étions sa famille son jus.
D’idolâtrie et de ferveur
Ont sonné le glas, voici l’heure
Du règlement, dans le sourire,
Des frustrations et des ires.
Chers tous, vous ne fonctionnez pas
Regardez moi franchir le pas,
Je suis plein de mépris et d’émoi
J’ai peur de la suite aidez moi.

 

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